Etudes


Evolutions des technologies et des applications de la mobilité

I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
VII.
VIII.
IX.
X.
XI.
XII.
XIII.
XIV.

Avertissement

Durant l'année 2002 nous avons exploré les problématiques de l'interface manager, du système d'assistance personnel aux différentes fonctions voulues par la conduite des affaires en réseaux pour des hommes devenus de plus en plus mobiles. Au-delà de nos pronostics sur les évolutions ergonomiques et des applications des interfaces utilisateurs, nous avons souhaité rendre compte, plus largement, des facteurs qui pouvaient métamorphoser ou influencer rapidement l'écosystème des opérateurs et des fournisseurs de solutions. Nous avons notamment cherché à mettre en évidence certaines évolutions techniques et leurs impacts sur les stratégies des acteurs industriels et opérateurs concernés.

Comme toujours, nous soulignons que ces études de veille technologique et stratégique ne deviennent publiques que des mois après qu'elles aient été rédigés pour nos clients. Les évolutions étant très rapides nous laissons à chacun le soin de tirer partir de ce travail en tenant compte de ce décalage.

Denis Ettighoffer
Eurotechnopolis Institut


I - Introduction : un marché prometteur mais complexe

L'année 2002 aura été marquée par le fait que le milliard de micro-ordinateurs dans le monde vient d'être atteint alors que le nombre de SMS échangés dépasse les 16 milliards. La fuite des appels du réseau fixe vers les mobiles suit son cours. Ce transfert est évalué selon une progression moyenne de 1% par an par France Telecom. Le segment mobile des échanges par voie hertzienne aura ainsi gagné quelques 22% en 2002. Le cabinet Andersen vient de rendre un rapport à la Commission Européenne qui évalue à un milliard d'euros le marché des contenus mobiles en 2002 pour atteindre prés de 20 milliards en 2006. Pour sa part le cabinet d'étude anglais Ovum évalue à 137 millions le nombre des personnes utilisant un mobile fin 2004. Merrill Lynch va plus loin en considérant que d'ici à 2005, le nombre de transactions par mobiles sera supérieur à celui des connexions classiques. IDC parle d'un milliard d'abonnés à des services de communication sans fil 1.

Vient ensuite la perte de revenu constante (Revenu moyen par abonné ou ARPU) des opérateurs de télécommunications qui les obligent à la fois à réduire leurs investissements et leurs coûts de fonctionnement (une première historique !) puis à conduire des stratégies de conquêtes de nouveaux marchés par des services à forte valeur ajoutée. Ce qui est loin d'être simple, l'étude d'Andersen montre que la part des revenus issue des services sur mobiles restera marginale. Ainsi en 2005, celle-ci ne devrait pas dépasser 5% des revenus des opérateurs contre 57% pour les appels téléphoniques et 38% pour les applications de données (emails et SMS). Néanmoins le cabinet d'études insiste sur les effets d'entraînement interservices. Cela veut dire, que plus que jamais les opérateurs seront sensibles à des solutions techniques et des services co-brandés qui améliorent les marges surtout si ces services valorisent les segments voix et données. Les applications IP en téléphonie sont dans les starting blocks pour les opérateurs capables de lancer des services de type GPRS.

Elle est aussi marquée par l'échec du lancement du WAP (Wireless Application Protocole) qui devait, dès 2003, devenir le standard de fait de la téléphonie mobile et des accès aux services en ligne par IP c'est à dire Internet. Seulement voilà, tout le monde ne s'accorde pas sur le fait qu'Internet doit être un réseau de la mobilité, certains pensent que le WAP peu sur pour la sécurité des échanges bancaires peut-être contourné par les applications GPRS (General Packet Radio Services) de type i.mode. D'où les développements actuels du WAP version 2 qui couvrent l'ensemble des transactions par commutation de réseaux (de circuits) et commutation de paquets. Ce qui en fera sans doute un outil idéal pour les applications de messageries multimédia (MMS : Multimedia Messaging Service). D'autres encore font valoir que de toutes façons les écrans des téléphones portables sont trop petits pour afficher correctement les pages internet. Enfin tous s'accordent pour se demander :

  • Comment faire face aux très importants investissements nécessaires pour généraliser le WAP ?
  • Comment trouver un modèle de facturation satisfaisant ? (2)
  • Comment offrir des services à valeur ajoutée qui fassent la différence avec les systèmes connus ?

La réponse la plus pertinente trouvée par les opérateurs leaders aura été de réaliser dans un premier temps des portails WAP qui captivent une clientèle qui n'a pas envie de s'ennuyer à modifier les paramètres de son PDA considéré comme plus confortable pour naviguer que son téléphone mobile. Ce qui va permettre à ces opérateurs de multiplier les opérations de e.commerce vers ses clientèles captives en associations avec des partenaires sélectionnés. Opérateurs qui reformateront les services internets en ligne pour être accessibles sur les portables WAP. Malheureusement les raisons ci-dessus et surtout le manque de capacité (de débit) avec des services pénalisés par la facturation à la durée des connexions - en attendant la généralisation de l'UMTS (Universal Mobiles Telecommunications System) qui prend de plus en plus de retard - auront douché durement les plus optimistes. Du coup le GPRS avec la multiplication des accords avec NTT DoCoMo, l'inventeur japonais de l'i.mode se voit décerné une place qui ne devrait être que très passagère alors que les services voix... sur IP prennent le relais pour les développements de la téléphonie mobile.

Ceci dit la vogue du commerce mobile est irrésistible. Mobiles et assistants personnels constituent un marché prometteur mais complexe ! La problématique des liaisons entre mobiles passe par une systémique complexe qui fait du maillon le plus faible la référence de la meilleure performance de l'ensemble. En d'autres termes, le maillon le plus faible conditionne la réussite du système. Trois stratégies sont alors possibles :

  • On attend que le maillon faible améliore ses performances intrinsèques afin de remonter le niveau de toutes les autres (par exemple, on attend l'amélioration de l'autonomie d'un portable ou d'un PDA pour enrichir leurs applications... ou la puce miracle promise par les fondeurs !).
  • On s'établit sur les niches ou les applications où les performances techniques du système dans son ensemble sont les meilleures (par exemple, on développe des applications de type Bleutooth sur PDA pour des LBS (Located Based Services) dédiés à la gestion de mobiles ou du m.commerce)
  • On tente de contourner le maillon le plus faible en lui substituant une chaîne technique plus performante (par exemple, on réévalue les applications qui seront embarquées et les applications résidentes sur le PC).

Nous concluons de notre investigation que le téléphone mobile sera irrésistiblement remplacé par des ordinateurs de poches ou PDA chaque fois que les besoins de circulation dans les réseaux, y compris internet, et de stockage de l'information seront déterminants. PDA qui seront branchés sur leur unité fixe avec qui ils échangent rapidement plutôt que via un réseau à bas débit. Réseau qui s'appuiera de plus en plus sur des liaisons hertziennes à haut débit. Au final, c'est la recherche de performance systémique optimum qui sera privilégiée par les utilisateurs et... à condition que cette performance technique s'accompagne d'un avantage tarifaire !

Deuxièmement, les stratégies des opérateurs seront déterminées par la recherche de revenus et de marges améliorées. Un objectif prioritaire compte tenu des importants besoins d'investissements et des retards pris sur les développements des nouvelles générations de mobiles. Ce qui se fera en pesant sur les coûts des sous-traitants et par la multiplication des alliances avec des sociétés de services capables de créer des courants d'affaires nouveaux, à l'exemple de la géolocalisation.

III - Mobiles : Sont-ils des agendas électroniques, des téléphones portables ou des petits micro-ordinateurs ?

Une nouvelle génération de téléphones portables enrichit ses fonctionnalités afin de proposer des solutions intégrant la téléphonie et de nombreux services comme la messagerie et la navigation sur le net et autres fonctionnalités déjà proposées par des PDA (Personnals Digital Assistants). Différemment, ces PDA, outils d'assistance à la mobilité, deviennent des outils professionnels fortement communicants. L'ensemble des personnels, y compris ceux qui ne sont pas des voyageurs réguliers, découvre progressivement l'intérêt de ces outils portables, qui seront un jour capable d'une symbiose intelligente avec leurs possesseurs.

Pour l'immédiat nous contournerons les subtilités marketing de savoir si nous devons nous servir d'un PDA, assistant personnel professionnel ou d'un smartphone qui empiètent sur le terrain des PDA, mais qui seraient plutôt... à usage personnel, contrairement au téléphone portable qui sert aux deux populations. Mêmes difficultés pour délimiter les segments de marchés entre un mini PC tourné vers les applications bureautiques graphiques ou l'ardoise électronique qui serait plutôt une tablette graphique... Nous laisserons ces considérations aux experts chargés de la communication des constructeurs. Dans cette étude nous nous intéressons essentiellement aux personnels en situations de mobilité soucieuses de garder le contact et la capacité de télétravailler avec leurs communautés professionnelles.

Les stratégies de la téléphonie mobile et des Personnal Digital Assistants ne relèvent pas de mêmes logiques. D'ores et déjà il n'est pas difficile de constater que les utilisateurs de PDA disposent tous d'un téléphone portable, sauf pour ceux toujours plus nombreux qui ont fait le choix d'un PDA communicant faisant office de téléphone portable. D'un autre coté, les PDA et certains téléphones portables se substituent aux micro-ordinateurs : l'immense succès de l'i.mode au japon (32 millions d'utilisateurs) tient en partie au faible taux de pénétration des micro-ordinateurs dans ce pays. A contrario, cela veut dire aussi, selon une étude IDC de 2001, que les deux tiers des utilisateurs de micro-ordinateurs ne sont pas intéressés à surfer sur le web avec un téléphone portable. Selon les analystes cette attitude vient de ce que les usagers ne savent pas trop quoi penser des utilisations des téléphones portables ou des PDA. Par contre ils se déclarent intéressés par le coût 5 dollars par mois pour un service qui indiquerait un itinéraire de délestage lors d'un embouteillage. Nous reviendrons sur ce point.

Par ailleurs, les micro-ordinateurs deviennent eux-mêmes capables de liaisons sans fil entre PC ou avec une borne ou encore avec un téléphone portable, à l'exemple de Transatel qui propose une solution GPRS/GSM tri bande. La fusion entre ces technologies est désormais établie. Elle rend service à tous et surtout offre un meilleur rapport qualité prix dans de nombreux cas : le fait de fournir des PDA à des commerciaux revient moins cher par rapport au couple PC Portable et Téléphone.

La connectique s'enrichit y compris pour les liaisons par voie hertzienne en leur donnant la possibilité de communiquer avec une unité centrale, leurs réseaux d'entreprises ou internet. L'interface mobile devient un facteur clé du choix de la modularité (de la compatibilité) des applications communicantes. Leurs capacités d'interconnections leur permet de se passer d'une unité centrale et de pratiquer le « peer to peer », de se mettre en liaison infra rouge, qui régresse face à de la norme Bluetooth, pour communiquer avec d'autres équipements, l'UMPS ou le GPRS pour utiliser des téléservices ou naviguer sur le Net.

Leurs langages n'ont plus grand chose à envier aux ordinateurs plus classiques. Les langages de types « flash » ou Java faiblement consommateurs de ressources semblent prendre le leadership des applications sur les mobiles devant les autres OS qui deviennent de plus en plus « lourd ».


Pourquoi la régression de l'infrarouge ?

La solution infrarouge semble plus avantageuse en entreprise, selon les spécialistes, pour relier des périphériques en consommant peu d'énergie : 10 milliwatts contre 100 milliwatts pour la technologie Bluebooth ou Wi-fi qui peut être accessible de l'extérieur avec des puissances de diffusion dépassant les 150 mètres. La solution infrarouge, simple à mettre en oeuvre, permet des liaisons de 115 Kbits à 4 Mbits pour les solutions plus sophistiquées. Néanmoins cette solution convient mal pour des terminaux vraiment mobiles (avec un port infrarouge il faut s'aligner et ne pas bouger durant la manoeuvre). Du coup les autres solutions redeviennent plus avantageuses.

IV - La multiplication des outils mobiles multifonctions

La plupart des PDA peuvent accepter des mémoires additionnelles qui peuvent recouvrir des applications ou des fonctions spécifiques (prise de vues vidéo, photos numériques, musique MP3...). Un système comme celui de SONY qui a multiplié les fonctions combinées trilogiques. L'Auto-radio MEX-5DI, permet la prise de vue avec son appareil photo numérique puis affichage de la photo sur l'écran de l'autoradio grâce à l'application Memory Stick qui peut devenir lecteur enregistreur de CD.

Casio mettra en avant son application de traduction de voyage embarqué sur son PDA, HP ses applications bureautiques, Compaq ses sorties audio stéréo associées à un lecteur Windows Media Player ou ses outils de reconnaissance vocale. Casio parlera de sa saisie manuscrite performante, d'autres insisteront sur des fonctions élargies comme le GPS. Seiko avec son SII propose une application de type smartpad pour saisir des notes manuscrites et des dessins. La saisie numérique par la micro caméra du PDA va faciliter la simulation des attentes visuelles et sonores : on verra le visage en image virtuelle, on entendra la voix du destinataire du message même s'il ne peut venir en ligne.

Nous verrons bientôt, connectés au web, des PDA qui serviront pour surveiller nos enfants ou l'état de santé de nos parents. Des personnels assistants, branchés sur internet, seront dans nos voitures pour télécharger de la musique en ligne, assister le conducteur en cas d'accident, de panne, parler avec son réseau d'entreprise ou prendre connaissance de ses emails.

Ce phénomène engendre toute une industrie de modules et autres périphériques qui seront embarqués avec le PDA. Radio, scanner, photos, vidéo, lecteur universel, clavier, mémoires additionnelles, modules de traduction, modems, adaptateurs de toutes natures, modules de jeux, batteries additionnelles... la liste en devient étonnante des variétés d'approche des applications des outils de la mobilité. La multiplicité des applications associées ne semble plus trop avoir d'autres limites que l'imagination des bureaux d'études. Le risque est de voir ces outils se complexifier par la multiplication d'application tous azimuts et pas toujours très intéressantes et qui augmenteraient inutilement le coût d'accès et d'usage de ces outils.

Le problème devient, que lors de l'achat, en dehors de cas bien précis, on ne sait pas trop ce que l'on veut ou ce que l'on souhaitera dans les mois suivants. Un problème d'autant plus frustrant que la dynamique de l'offre accélère l'obsolescence des équipements. En conséquence on peut s'attendre un jour ou l'autre à voir se développer sur le marché des produits de base qui proposerait ensuite par téléchargements des évolutions possibles, à la demande, grâce à une liaison identifiée avec un portail spécialisé pour faire évoluer le PDA en fonction des circonstances ou des besoins du moment.

V - Cette dynamique d'outils PDA « caméléons » engendre une floraison de partenariats parfois confus

Avec le décollage des services UMTS prévu maintenant pour 2004, les alliances destinées à partager les coûts d'investissements se multiplient dans tous les domaines. L'objectif devient de fournir des services spécifiques propres aux différentes catégories d'applications / ,utilisateurs des téléphones portables mais surtout vers les possesseurs de PDA plus professionnels et au pouvoir d'achat plus conséquent.

Par exemple le téléphone portable Z700 d'Ericsson qui transforme son écran couleur en console de jeu. Pour composer une ludothèque attractive Ericsson a passé un accord avec Sony. Même si le résultat reste peut convaincant compte tenu de la taille de l'écran couleur, les adolescents qui sont sans doute la cible de ce produit pourront se télécharger tout un ensemble de jeux à la mode. Y compris des jeux à plusieurs grâce à la norme GPRS choisie par le constructeur. Plus convaincants, les accords entre Nokia et Siemens afin de porter les solutions java (Java2 Platform Micro Edition : J2ME) qui semblent à la fois une réaction à l'hégémonie Microsoft-Intel et surtout une solution de standardisation agrée par un nombre croissant de développeurs d'applications.

Différemment, XACCT (www.xacct.com) et Megisto (www.megisto.com) respectivement fournisseur de plate-formes de médiation IP pour opérateurs de télécom et fournisseur d'infrastructures d'Internet mobile ont réalisé un partenariat pour proposer une solution commune de facturation personnalisée en temps réel pour les abonnés mobiles postpayés et prépayés. Ce qui recouvre des services de m.commerce, de jeux en ligne, de contrôle d'accès limités selon les utilisateurs.

De leur coté, l'éditeur américain Oracle et le leader de la téléphonie mobile au Japon, NTT DoCoMo s'associent afin de lancer des applications de mobiles avec les intranets des entreprises, annuaires, gestion de documents partagés, messageries électroniques, maintenance logistique, tracking... Microsoft n'est pas en reste qui annonce à l'occasion du Cebit d'Hanovre 2002 vouloir développer un véritable écosystème de la mobilité en multipliant les partenariats. Reste que son offre Pocket PC sur PDA doit affronter l'hostilité des tenants - nombreux comme Nokia, Ericsson, Palm et Symbian - des solutions sous Java considérées comme moins gourmandes en ressources, en énergie et surtout... plus ouvertes !

On trouve enfin les alliances destinées à préparer le décollage de l'UMTS, qui semble devoir être retardé vers 2003/2004. Après Nokia, Vodafone, puis enfin Telefonica ce mois d'août, qui gèle ses investissements hors Espagne, la plupart des opérateurs reculent le lancement de ses services mobiles de troisième génération. Le gel des coûteux déploiements de l'UMTS donne l'occasion au cabinet d'études américain Forrester de rappeler qu'en 2008 seuls cinq opérateurs de mobiles resteront valides sur ce marché de l'UMTS en Europe. Cela laissera le temps aux différents acteurs industriels et opérateurs de peaufiner leurs stratégies de services et de partenariats face aux importants risques financiers prévus. Le tandem Alcatel Fujitsu fait face à Nec Siemens dans le domaine des développement des services UMTS leur permet de mutualiser les coûts et les risques qui eux-mêmes font face à... Fujitsu Siemens Computers dans le domaine des PDA pro-Microsoft, allié avec l'opérateur mm02 pour lancer des outils mobiles sous GPRS ou WAP connectés sur les portails ou intranets des sociétés.

D'ailleurs le GPRS fait désormais figure d'outsider surprise avec la multiplication des alliances entre le japonais NTT DoMoCo qui surfe sur le succès de ses services GPRS i.Mode. Après Bouygues en France, E-Plus en Allemagne, KPN Mobile au Pays-Bas, Telefonica Espagne vient de signer un accord de licence pour cinq ans ce qui a eu pour effet de faire remonter son cours de bourse. C'est dire que pour certains opérateurs le GPRS va être un provisoire qui dure.

Enfin la norme UMTS n'a pas finit de créer des problèmes. Sur les abonnés des mobiles seuls 19% seront d'origine américaine, 34% européens et 32% asiatiques. Si l'Europe et l'Asie (Japon en tête) ont adopté une norme commune pour la troisième génération, les Etats-Unis ont une norme spécifique et ont pris du retard dans les attributions des licences faute de pouvoir disposer des liaisons hertziennes occupées par les diffuseurs de télévision qui ne se libèrent que très progressivement. Ceci explique que les sociétés américaines sont très présentes sur les marchés européens et asiatiques sous formes d'alliances très diverses faute de pouvoir encore bénéficier aux Etats-Unis des avancées apportés par une normalisation de type UMTS.

Toutes ses alliances n'empêchent pas que nombre d'annonces sont prématurées, les incompatibilités encore nombreuses, l'offre et la demande d'applications mal cernées, donc mal vendues : vend-on des PDA ou des applications des PDA !? Aujourd'hui le PDA semble confronté au même problème qui a fait la difficulté du lancement du micro-ordinateur : achète-t-on un PC ou ses usages, ses applications ? En fait, le PDA pour l'essentiel devient un périphérique du système d'information professionnel.

VI - Ces outils ne sont pas sans défauts ce qui annonce certaines de leurs évolutions prochaines

Les débits
Ils sont limités pour des raisons techniques et de disponibilité de bandes passantes déjà occupées. Les limites des liaisons hertziennes sont aussi le fait de l'Autorité de Régulation des Télécommunications en France (ART) qui veut éviter les concurrences frontales entre certains opérateurs.

Chaque norme à ses détracteurs et ses défenseurs. Mais plus qu'un antagonisme frontal, c'est dans la progressivité des évolutions entre ces normes qui se complètent plus qu'elles ne s'affrontent que ce joueront les succès et les échecs de certains opérateurs. Les évènements récents semblent aboutir à donner au GPRS plus d'importance qu'on ne l'imaginait initialement pour les services en ligne sur mobiles. On trouve :

  • GPRS, (General Packet Radio Services) : fréquences 900 MHZ et 1800 MHZ, débit 50 kb/s mais en réalité plutôt entre 25 et 30 kb/s ce qui explique qu'il en soit valable que pour des très faibles quantités d'envois. Il est considéré comme une solution économique réservée au grand public et comme un palier transitoire vers des solutions de type UMTS.
  • UMTS (Universal Mobile Telephone Service) : fréquences 1920 MHZ et 2110-2170 MHZ, débit entre 144 kb/s et 2 mb/s. Ces réseaux à hauts débits permettant les grandes applications multimédias nécessiteront des investissements vertigineux et du temps !
  • Bluetooth : fréquence 2,4 GHZ, débit 1 mb/s, portée 10 mètres
  • 802.11B ou Wi-Fi : fréquence 2,4 GHZ, débit 11mb/s, portée 150 mètres

Nous allons vraisemblablement vers une convergence de l'utilisation de ces deux dernières normes en même temps qu'une autorisation des autorités de régulation pour des utilisations bien cernées et dans de passages publics en dehors du domaine public (réseaux sans fil pour des communes par exemple).

La création récente d'une association française pour promouvoir Bluetooth démontre encore que cette solution - coûteuse, faut-il le rappeler (environ 250 euros par PDA) - reste encore peut connue et développée dans les entreprises. Sans doute faudra t-il attendre que cette norme devienne plus utilisée dans les collectivités.

L'autonomie :
Les constructeurs déclarent des autonomies allant de 10 heures pour un Toshiba à 6 semaines pour un Palm en passant par 112 heures pour le Casio. Des écarts aussi importants laissent à penser que chacun invente sa norme. Il suffit de travailler un temps soit peu avec son PDA pour voir assez vite les limites de cette autonomie qui à comme le micro-ordinateur portable cet avantage de ne pas se décharger beaucoup... si l'on ne s'en sert pas beaucoup !

Ce point n'est sans intérêt pour réfléchir sur ce qui doit rester des informations et des applications sur le PDA et celles des applications et des informations qui doivent rester sur le PC de son propriétaire, afin de limiter les pertes possibles d'information, afin de réduire la consommation d'énergie par une meilleure répartition des applications résidentes ou non. On imagine par exemple un PDA qui serait configuré rapidement à partir de l'ordinateur maître (PC ou réseau d'entreprise) avant un déplacement ou une mission spécifique.

La multiplication des prises spéciales pour PC et PDA dans les trains, les voitures, les avions, les centres d'affaires ou les points de transit illustre bien l'importance du problème.

La normalisation :
Certains constructeurs comme SONY privilégient la norme propriétaire afin de « captiver » ses clients dans sa gamme. Les cartes à mémoire des PDA qui recouvrent le format « Secure Digital » le plus répandu, le format « Memory Stick » de Sony qui équipe la gamme de ce constructeur, considérée comme la plus onéreuse, Le format « Multimedia Card » ayant le défaut de manquer de puissance, le format « Compact Flash », qui sert de mémoire additionnelle.

Outre les normes des cartes, des connecteurs, nous trouvons le problème des langages devenu essentiel. Il conditionne la consommation des mobiles d'où la recherche de solutions économes en pagination mémoire et en espace consommé par les applications. Ce qui explique d'ailleurs la modestie des annonces dans les applications de visio pour les PDA. Le duel pour les OS d'exploitation fait rage pour les mobiles et l'issue reste incertaine, par exemple, entre les acteurs favorables au Ce Windows et l'offre commune de Ericson, Motorola, Nokia et Psion ; à savoir Symbian. Pour ne rien arranger les développements des applications, nous l'avons vu, se font sur la base de nouveaux langages de type java ou flash afin de réduire la consommation d'énergie.

Que la normalisation soit le fait d'un effet de gamme par un constructeur ou le fait d'une association de constructeurs - parfois en partenariat avec des opérateurs de réseaux à l'exemple de Siemens IC Mobile et Motorola dans l'UMTS ou de Bouygues avec NTT DoCoMo pour l'i.mode - pour promouvoir une norme particulière, tôt ou tard les écarts devront se réduire afin de répondre aux besoins des mobiles qui doivent pouvoir être utilisés dans les mêmes conditions partout dans le monde. Ce qui est encore loin d'être le cas.

Reste pour les grands opérateurs internationaux à répondre au problème en disposant de la capacité en travailler indifféremment avec tous les constructeurs, avec toutes les normes des équipements du marché. En février 2002, le SALT Forum a rendu publiques les premières spécifications des applications vocales multimodales déjà concurrentes de la norme Voice XML (3). Ce qui permettra de rendre les PDA communiquant par commandes vocales sur le web.

Ce qui n'est pas sans conséquence sur leurs investissements d'où une propension de plus en plus courante des opérateurs télécoms à s'allier avec de grands constructeurs mondiaux en demandant ensuite à leurs fournisseurs du deuxième rang - comme CP - de s'adapter aux technologies ainsi mises en oeuvre, option qui les affranchit au moins partiellement des problèmes d'interopérabilité.

La fragilité.
L'écran, quelle que soit sa résolution, lorsqu'il est de taille conséquente devient vite vulnérable. Des feuilles de protection écran sont proposées pour limiter l'usure des écrans utilisant un stylet. Nous verrons les écrans devenir de simples lunettes qui s'installent sur le coin des yeux selon le système Eyevision (voir ci-dessous). Par ailleurs pour répondre au problème de résistance aux chocs les boîtiers aluminium améliorent la résistance du PDA.

L'ergonomie et l'encombrement.
Bien que léger, le format des PDA s'accommode mal du format portefeuille. Différemment un écran trop petit ou l'absence de clavier pour taper rapidement une courte note ou un message limitent l'utilisation ergonomique des PDA.

L'arrivée des claviers souples, celle de la RA (Réalité Augmentée avec le concept de l'image clavier projeté sur une surface) plus délicate à mettre en oeuvre, le retro éclairage des écrans, la couleur à haute résolution, la saisie vocale sont autant d'innovations qui offrent des ouvertures nouvelles à ces problèmes ergonomiques. Néanmoins prudents, il a de fortes chances pour que les constructeurs se contentent de proposer - pour voir - des kits de complément afin de diminuer les inconvénients de tels ou tels usages fonctionnels. Ainsi la société américaine Digit Wireless propose un nouveau type de clavier de conception astucieuse pour la saisie des messages. Le clavier Fastap remplace les 12 touches du mobile par 41 touches bien que de taille à peine égale au tiers d'une carte de visite.

Enfin des modules mémoires ou des cartes « flash » spécialisées protègent les données ou intègrent des programmes téléchargeables à la demande en se branchant sur son portail de prédilection.

Le prix.
Les PDA restent coûteux (entre 500 et 1000 euros) et donc réservés à une clientèle aisée de cadres ou managers. Bon nombre atteignent le prix d'un micro-ordinateur de base. Mais surtout, ce qui est moins souvent mis en évidence : ils sont coûteux à l'usage. Selon Gartner group, un PDA représente un coût total d'utilisation de 3000 euros par an ! Montant qui a augmenté avec la mise en place de modems spéciaux pour la communication sans fil. Au total, toujours selon Gartner, l'addition peut atteindre 4400 euros par an et par utilisateur.

On ne devrait guère s'étonner de cela, toutes les études faites sur les Personnels Computer ont abouti aux mêmes conclusions : l'ajout des applications, de capacité de stockage, de liaisons suivies par les adaptations des supports d'entretien et de maintenance à fait exploser les investissements dédiés aux micro-ordinateurs, maintenant aux PDA.

Il est clair que les évolutions futures des parcs seront marquées par des analyses de retour sur investissement plus attentives qu'elles ne le sont aujourd'hui. Bien utilisés, les mobiles peuvent contribuer à réaliser des économies substantielles que Mc Kinsey Quaterly évalue à 80 milliards de dollars entre 2001 et 2004 (4). Nous ne serions pas étonnés qu'elles aboutissent, comme nous l'avions déjà pronostiqué, à réduire les applications professionnelles portées au bénéfice des applications partagées avec le réseau de l'entreprise et le PC associé à l'utilisateur du PDA.

Nous allons vers une gestion intelligente des ressources systémiques embarquées. Avec le développement des outils de la mobilité, les applications des PDA à venir vont intégrer la gestion dynamique et automatique des bandes passantes utilisées ainsi que la répartition des ressources de communication et de traitement entre les équipements les mieux à même de les prendre en charge afin d'optimiser leur utilisation et leur coût d'usage systémique.

VII - L'interface homme machine

Depuis 1990, époque où fut présenté le Gridpad, premier ordinateur sans clavier capable de reconnaître l'écriture manuscrite (Grid était filiale de Tandy) de nombreuses améliorations logicielles et techniques ont permis d'améliorer la saisie manuscrite par stylet. Reste que l'écriture et le métalangage bâton du style Penpoint pour les instructions des fonctions doit être correctement maîtrisé pour faciliter la saisie. A l'exemple du fameux Newton de Apple, le premier PDA mis sur le marché était un simple bloc note électronique. Rapidement il devait devenir un assistant à l'organisation de son possesseur et prenait le nom « d'organizer ». La mémoire lui venant, il devint possible d'en faire aussi un assistant encyclopédique de poche tel le Vidal ou le Guide Michelin des routes européennes.

Différemment, la navigation dans la mémoire de l'agenda reste fastidieuse tout comme la saisie dactylographique encore exceptionnelle ou réservée à des SMS (textos) longs à saisir. Comme l'utilisation du stylet restait malaisée on inventa « l'écriture graffiti ». Pour faciliter la navigation dans la base de l'agenda on utilisera des raccourcis linguistiques par insertion d'intelligence artificielle : vous écriviez jeudi et l'ordinateur comprenait, faute d'instruction contraire, jeudi prochain. Vous écriviez John et l'ordinateur trouvait le John dans votre carnet d'adresses pour marquer le rendez-vous. Et s'il en trouvait deux, il vous soumettait la question du choix. D'autres comme Pocket PC furent conçus sous forme allégée des systèmes bureautiques Windows PC. Ce qui les rendait plus gourmands en puissance et en mémoire, surtout avec l'arrivée des fonctions de navigation sur le web qui semble donner un avantage au Pocket PC de Microsoft sur l'OS du Palm moins à l'aise sur le terrain des applications bureautiques professionnelles.

L'ardoise électronique ainsi proposée au marché, on s'aperçu bien vite que celui-ci n'était pas mur, malgré les articles dithyrambiques de la presse spécialisée, et qu'il fallait enrichir les fonctions proposées afin de séduire les futurs utilisateurs. C'est ainsi que les PDA devinrent des outils de liaisons sans fil travaillant en symbiose avec les PC de leurs propriétaires. Ils s'insérèrent dans le système d'information global de l'entreprise, son intranet et, si possible, les extranets du marché. D'où la rapide évolution des standards de communication des PDA vers IP, vers Internet qui facilitent les accès aux services en ligne.

Ces évolutions auront des conséquences pour les opérateurs de mails comme elles en ont pour le réseau des cent millions de boites vocales d'Unisys dans le monde. La norme Voice XML permet de faire sauter le verrou des applications propriétaires. Le consortium W3C vient de recommander Speech Recognition Grammar, ce qui va permettre de faciliter la diffusion des technologies de reconnaissance vocales par ailleurs présentées comme un outil de sécurisation des accès. La navigation par requêtes vocales va se substituer au pianotage sur le clavier (5). Profitant du succès des téléphones cellulaires Unisys souhaite mettre en ligne un portail vocal. Un marché estimé à 4,4 milliards de dollars en 2007 selon Datamonitor et à 16,3 milliards de dollars en 2005, selon Kelsey Group, si on compte la fourniture de matériels et de logiciels. Ceci explique qu'Orange lance la plus importante application de reconnaissance vocale au monde avec les solutions Unisys. Il s'agit d'une messagerie à commande vocale basée sur la technologie Philsoft de Telisma et dimensionnée pour dix millions d'abonnés. Déployée sur 70 serveurs NT, le groupe de serveurs gère 4000 sessions simultanées (6).

Les fonctions d'interface bougeront encore en matière de navigation. Sauf pour les fonctions d'agendas partagés mis sur serveur, la navigation dans le PDA reste malaisée et longue comparée à un agenda papier. Ne parlons pas des applications comme les moteurs de recherche (que les internautes préfèrent à 73% contre 27% aux annuaires) qui justifient de plus en plus la séparation des fonctions entre la « requête » qui peut partir d'un PDA et l'archivage et le traitement des réponses qu'il est encore préférable d'effectuer ensuite par une liaison filaire entre le PDA et le PC du chercheur faute d'un débit suffisant du réseau hertzien. Les commandes vocales en cours d'activité vont se multiplier d'autant que les demandes de soutien et d'assistance MMS sur chantiers s'affirment pour certains segments de marchés. Pour tenter de résoudre ce problème nous verrons les PDA complétés de micro-écrans de RV (réalité virtuelle) de type EyeVision comme ceux mis au point par Mitsubishi Electrtric. Ce système embarque un afficheur à cristaux liquides d'1,5 cm de haut pour 2cm de large qui donne l'impression de disposer d'un écran de 10 cm.

Mais ce sont les fonctions dissociées qui semblent vouloir percer : vision projetée dans l'oeil / saisie vocale par micro intégrée dans le col / saisie clavier sur bracelet souple au poignet / écoute par écouteur invisible inséré dans l'oreille, sont autant d'axes de développement d'ores et déjà en cours de test. Jamais l'idée d'homme terminal, en symbiose avec les réseaux techniques n'a été aussi proche de se réaliser.

Les autres grandes orientations seront sans doute le fait des applications de l'intelligence artificielle aux PDA. Celui prendra des initiatives pour ranger les documents téléchargés ou consultés, il sera capable de lire et d'interpréter les expressions du visage de son propriétaire, de chercher à la demande vocale un fichier ou une série d'informations, d'utiliser la 3D pour travailler dans les bases documentaires.


Y a t-il quelqu'un au bout de la ligne ?!

Notons parmi les évolutions techniques des interfaces le concept « presence awreness » ou « perception de présence ». Cette application dérivée des liaisons ICQ ou chat, permet de savoir si une de vos relations est ou non en communication, si son terminal est libre ou non. Pour certains, c'est une occasion de savoir si un ami ou un parent est disponible pour discuter avec lui, mais cette utilisation des messageries instantanées reste très controversée à cause de son côté « flicage ». Ceci dit, beaucoup de gens semblent pouvoir s'en arranger si on en croît les études en cours de Bell Labs. Pour plus de détail : www.presenceworks.com.

VIII - Les PDA se spécialisent par groupes de fonctions dédiées à un métier

L'explosion des possibilités des PDA laisse parfois perplexe. A la lecture de plusieurs dizaines de communiqués ont devine assez vite que la recherche de niches professionnelles, de communautés professionnelles cohérentes, d'applications « verticals markets » marquent le mouvement en cours.

Les modules, composants annexes, et les applications embarqués dans un PDA reflètent de plus en plus un corpus professionnel. Les composants du PDA se regroupent en modules métiers ou usages qui s'associent selon les cas pour résoudre de multiples besoins spécifiques. Le PDA de Symbol Technologies est en train de devenir le terminal de travail mobile de la communauté hospitalière suite à un accord de partenariat avec Symphonie On Line, spécialiste de la réalisation de logiciels de gestion hospitalière intégrés. Dans le cas présent, la première application du PDA sert à gérer à distance et en temps réel les menus des repas très variés selon les pathologies et les goûts des patients.

Le randonneur trouve un appareil de saisie de vues, un GPS (Global Position System), des applications de téléphonie et de navigation pour accéder à des cartes sur Internet. Il utilise les mêmes outils nécessaires aux cohortes de livreurs, transporteurs pour travailler avec plus d'efficacité. Mieux encore, ces outils se spécialisent au point de s'insérer dans des programmes aussi divers que la réalisation d'une voiture à l'exemple de Daimler qui vient de lancer une Mercedes avec un système télématique - développé en langage Java - embarqué sans fil (norme UMTS). Le système branché sur le réseau de télécommunications T.Mobile deviendra alors une véritable centrale d'aide à la circulation routière et de télésurveillance du véhicule. De son côté, IBM, LG Electronic (LGE) et QNX viennent de signer un accord pour équiper les automobiles de télématique embarquée (des équipements tournants sous Java) capables d'assistances diverses, aides et signalisations pour pannes, accidents, messageries spécialisées, télésurveillance.

Afin de préserver des performances systémiques satisfaisantes en reléguant la technologie au second plan, nombre de PDA seront branchés sur des locations applicatives de préférence à des applications embarquées. On peut imaginer que les filières métiers et notamment les services collaboratifs seront leaders pour inclurent les utilisateurs de mobiles dans leurs communautés professionnelles... virtuelles.

C'est ainsi que des entreprises comme Berner France, entreprise de produits de fixation et de consommables dans le secteur du BTP et de l'automobile, ont constitué une véritable flotte de PDA dédiée à la relation clientèle. Berner France a fait développer ses applications par une société tierce (en l'occurrence le Lyonnais Cegid). Les 800 PDA contiennent le fichier clients, la mise à jour des évènements, le catalogue de 20 000 articles, un module de prise de commande, une messagerie et l'accès au réseau intranet en mode HTML pour suivre les dossiers, le journal des évènements, et les statistiques des ventes. Le réseau est configuré pour recevoir les 1500 commandes quotidiennes.

Les services ASP qui hébergent des applications en ligne disponibles à la demande devraient être les grands bénéficiaires du développement des PDA, à condition bien sur qu'ils disposent d'une liaison IP sur internet.

IX - En devenant multimédia les messages obligent les infrastructures à évoluer

Capables de fonctions téléphoniques, devenus dictaphones, les PDA sont en mesure d'envoyer des emails vocaux. Le logiciel de messagerie va permettre d'échanger des emails et des SMS. Celui du traitement d'images permettra des affichages photos. Les capacités de stockage permettent de télécharger des documents lourds et multimédia (images, textes, sons et vidéos). Progressivement, les messages de texte deviennent des messages multimédia : des MMS. D'abord considérés comme des applications grand publics, les MMS deviennent un outil de communication avec les clientèles et les marchés, un outil de promotion pour les produits puis un service tout court lorsqu'il s'agit de services de formation en ligne par exemple. Du coup, les PDA sont en train de prendre la place qui était dédié aux eBooks. Ces derniers restaient cantonnés le plus souvent dans la seule lecture du texte alors qu'ici il devient possible de lire, d'entendre ou de voir des documents multimédia accompagnant et enrichissant les textes lus. En quelque sorte, nous verrions le livre électronique vivre une aventure similaire au cinéma qui, avec le DVD, nous permet d'accéder à l'histoire de la réalisation du film. Les éditions Elsevier lancent le emc.book en proposant leur encyclopédie médicale aux médecins en déplacement sous forme de carte à mémoire pouvant être lue par des PDA.

Orientation qui n'est pas faite pour déplaire aux opérateurs de la téléphonie mobile qui y voient des sources de revenus supplémentaires mais pas celle des directions informatiques qui y voient une source d'ennuis supplémentaires pour les allocations de débits dans ses intranets ou extranets et pour ses investissements en réseaux.

Le standard MMS (Multimédias Messaging Service) devient la clé de voûte des futures liaisons de e.servicies et de l'évolution des standards du web. Ce standard ne peut fonctionner qu'avec des réseaux de données numériques de type GPRS et nécessite le développement et la mise en oeuvre de réseaux hertziens à haut débit. Après les améliorations des normes existantes comme la Wi-Fi nous verrons apparaître des solutions encore plus pointues comme la technologie Smart Spectrum de la société américaine Etherlink, amélioration des algorithmes de Wi-Fi, dont la portée dépasse les trente kilomètres et d'un débit comparable à celui de l'ADSL. Ces évolutions impliquent d'importants investissements pour les opérateurs de la téléphonie mobile et des sociétés de télécommunication intéressées par les marchés des terminaux mobiles.

Cette tendance sera sans doute facilitée par les offres des opérateurs qui veulent promouvoir, comme NTT au Japon, le nouvel internet rapide IPV6 en pratiquant la liaison point à point DSL entre deux terminaux mobiles. Selon le Yankee Group, la part des liaisons DSL en entreprises devrait passer de 25% à 50% en Europe d'ici à la fin de l'année 2002. Même si ce taux n'est atteint que courant l'année 2003, on imagine mal les capacités des portables rester très en deça de ces performances : elles pénaliseraient l'ensemble de la chaîne systémique. Ce qui est inacceptable. Il faudra trouver des solutions qui évitent d'affecter la chaîne systémique de l'entreprise.

Nokia semble avoir pris la main sur ces changements en ouvrant son protocole Open Mobile Alliance travaillant à la convergence de MMS, de XHTML et de Java considéré avec le Flash comme les futurs langages de programmation des applications mobiles pour client léger. D'une façon générale, les offres d'interopérabilité surgissent d'un peu partout pour retenir ou attirer de nouvelles clientèles. En juin 2002, Open Wave Systems annonçait qu'il rejoignait le groupe MMS IOP afin de travailler sur des standards ouverts pour terminaux mobiles. Wavecom, qui vient d'acheter Iconn Wirelless aux USA, propose des modules standards de communications mobiles traitants indifféremment la voix et les données.

Une nouvelle génération de ce qu'il est convenu de désigner sous l'appellation de « téléphonie mobile sous IP » est en cours de développement qui fait, elle aussi, partie des facteurs qui influenceront durablement les stratégies des opérateurs. Au départ observé avec réserves, les transactions MMS sous IP combinent de multiples avantages économiques (diminution des coûts de communication) et techniques avec la gestion des MMS couvrant routage, protection des adressages et messageries instantanées.

X - Un rôle nouveau pour les infrastructures hertziennes

Tous les opérateurs savent que le basculement progressif de la voix (qui sera sans doute retardé le plus longtemps possible) vers les services data ne sera pas une solution suffisante pour améliorer le chiffre d'affaire et la marge. D'autant que les opérateurs vont devoir d'abord faire face à la migration GMS vers UMTS.

La vitalité de l'offre des constructeurs et des opérateurs de réseaux locaux, qui cherchent de nouveaux marchés, démontre largement que chacun essaie de placer ses pions en vue de capter les transactions hertziennes issues des développements des PDA ou autres outils de la mobilité (7). Aussi, au-delà des arrangements techniques ci-dessus, nous voyons que les infrastructures de télécommunications ont un rôle nouveau à jouer. Par exemple, lorsque l'opérateur chinois Yunnan MCC négocie avec Nokia un contrat de 75 millions de dollars celui ne recouvre pas uniquement des capacités réseaux supplémentaires mais aussi des solutions de mPosition (de services de géolocalisation) et des liaisons radio/internet à haut débit. En France, le réseau de distribution The Phone House Solutions Business propose Benefon Track, un logiciel qui permet de localiser le porteur d'un mobile. D'autres opérateurs comme la SFR ou Orange proposent d'associer réseaux et mobiles sous IP pour contrôler et gérer une flotte de mobiles (portables) et un jour des flottes « d'objets mobiles » comme les voitures de locations ou les bouteilles de Coca-cola équipées d'étiquettes RFID (identifiables par radio-fréquence) permettant de repérer tous les mouvements par des capteurs dans les camions de livraison et sur les rayons des magasins le tout suivi par liaison GPRS.

S'appuyant sur une étude menée auprès de grandes compagnies de téléphones, le Département Intelligence Economique de The Economist, aboutit à ce constat que les LBS (Located Based Services) seront l'un des principaux services mobiles que les consommateurs réclameront à l'exemple de l'inventaire ou de la gestion client via son PDA (8). Nokia mPosition multiplie les accords avec les opérateurs soucieux d'ouvrir la gamme de leurs services aux m.commerce.

Malgré les réserves de l'ART, on peut prévoir la multiplication des bornes Wi-Fi (proposé par exemple par 3COM) permettant de créer des applications de télétransmissions sécurisées regroupant plusieurs utilisateurs locaux ou plusieurs TPE regroupés pour utiliser une borne locale. Le montant d'un point d'accès comme le Spectrum24 pour 1024 euros (voir www.symbol.com) illustre la facilité d'accès croissante de ces solutions pour de petites entreprises.

Cela devrait aussi ouvrir l'utilisation à des liaisons nouvelles comme les satellites, les réseaux de télévision numérique et les applications locales de réseaux hertziens. Alors que seules les voies descendantes fonctionnaient de façon satisfaisante (type diffusion jusqu'à 38 Mbits/s) pour un prix acceptable, les coûts de voies de retour ont été divisés par dix (environ 2000 euros par terminal) pour un débit montant à 2Mbits/s. Ouvrant des possibilités nouvelles dans les transactions par satellite. Ce nouveau marché est guigné par de nombreux opérateurs qui comme ASTRA envisagent d'offrir l'ADSL à des millions de PME et de TPE européennes. Eutelsat va lancer e.Bird un satellite spécialement dédié aux réseaux IP (9) pour les services aux entreprises, aux collectivités territoriales et autres agrégats professionnels (aéroports, zones portuaires...)

En plein débat sur l'organisation de la TNT, la télévision numérique terrestre, un trio d'industriels, visant le marché des particuliers, des collectivités locales... et des professionnels, associant Thomson Multimédia, Nexstream et Thales propose le LMDS multimédia (local multipoint distribution system) capable de transporter du 40 GHZ alors que les spécialistes s'accordent pour prévoir que les réseaux sans fil de type 802.11a et 802.11b (Wi-Fi) transporteront bientôt de l'image vidéo et s'interconnectent avec Ethernet. Les premières propositions des constructeurs de décodeurs TNT qui dépassent à peine les 160 euros (Sagem) laissent à penser que les applications vers les personal computers (port USB, modem ADSL) suivront rapidement.

Prévu fin 2002, pour lancer un service multimédia vers les PDA, les opérateurs doivent faire face à une demande de débits et de diminution des délais de téléchargement (ce qui pèse sur les investissements) tout en évitant d'apparaître comme un service trop coûteux (ce qui tend à réduire les marges). Les problèmes techniques résolus, il va sans doute se déplacer vers la négociation des tarifs d'utilisation de ces infrastructures hertziennes pour les transactions sous IP. La proposition d'Inventel (www.inventel.com) qui, après avoir proposé une solution Bleutooth, passe en DSL hertzien avec son offre BlueDSL, illustre ici encore le rôle croissant des réseaux hertziens dans la systémique des réseaux d'entreprises qui utiliseront en plus des MMS, de la visioconférence.

XI - Les évolutions de la demande en matière d'interfaces multimédia modifient les stratégies des grands fournisseurs de services de messagerie

A fin de garantir une performance globale de la chaîne systémique les opérateurs, qui veulent offrir du service à valeur ajoutée, recherchent un positionnement stratégique distinctif en mettant le paquet sur les offres de solutions VPN (Virtual Private Network). Puis en offrant des sécurités plus ou moins élaborées en matière de circulation et de transactions comme projette de le faire Nokia au Japon. Dans l'hexagone, Cesmo prévoit que le CA généré par les VPN-IP passera de 45 millions d'euros en 2001 à 910 millions en 2006 soit une croissance moyenne de 82%. La demande de liaisons VPN IP entre réseaux intranet augmente régulièrement pour garantir des conditions de débits et de services uniformes sur l'ensemble de la chaîne systémique comprenant la sécurisation du réseau grâce à l'utilisation de clés d'encryptage (10).

C'est une stratégie que développe avec succès le Français Cegetel qui, s'appuyant sur une large gamme de solutions techniques déjà pour partie existantes et sur les logiciels de messagerie de Critical Path, s'enrichit de nouvelles possibilités avec les liaisons sans fil. D'ores et déjà le nombre de ses contrats sous VNP-IP par le réseau de Cisco Systems dépassent les 4000.

Autre raison de ces nouvelles approches, le ralentissement brutal du marché du PDA (plus 114% en, 2000, 18% en 2001, 20% en 2002) selon Gartner Dataquest. Il semble dû à trois facteurs : le ralentissement économique, la diminution des dépenses informatiques et le coût d'implantation des moyens de télécommunication. Si on se rappelle que rendre le PDA performant en télécommunication peut doubler son prix, on comprend que les hésitations des décideurs face aux coûts d'équipements. Ce phénomène croisé avec celui de l'accroissement du cycle de possession des téléphones portables qui a augmenté de 5 mois (plus de 21%) montre que les utilisateurs sont bien en attente de solutions de ruptures pour renouveler le parc (11).

Selon Nikkei BP Consulting Inc, ce sont les services notamment d'internet qui pourraient inciter les utilisateurs à changer leurs téléphones. C'est donc bien de ce coté là que se situe la rupture attendue : dans une approche nouvelle des stratégies de services en ligne sur les portables. L'information est dédiée à des applications spécifiques : le message et le tuyau vont de pair. Dans cet esprit là, comme en Angleterre et en France auparavant, Digital Run, spécialiste de solutions mobiles et CTS Eventim AG, spécialiste de la vente de billets en Allemagne, viennent de signer un accord de partenariat pour développer la vente de billets à partir de terminaux mobiles. Cette vente passe par le portail i.mode de E.plus.

Différemment, des opérateurs lancent, comme France Télécom depuis le mois de mai 2002, de véritables portails dédiés aux nomades afin de faciliter les liaisons avec des terminaux légers de type téléphone portable ou PDA. Par exemple, parmi les applications qui allègent les transactions, la messagerie permet de lire les intitulés « objet », d'éliminer les messages ou spams inintéressants, de sélectionner les messages à lire sous forme de texte (et bientôt de voix) pour les seuls messages considérés comme importants. La même démarche, par exemple, avec l'application Outlook Express aurait obligé l'utilisateur à télécharger sur son PDA l'ensemble de ses messages. Différemment on pourra prendre connaissance de la taille d'un message reçu avant de le charger sur son PDA. En avril, Telefonica Moviles Espana (TME) a ouvert son portail de téléchargement et de facturation d'applications java dédiées aux mobiles en partenariat avec Nokia et Siemens pour les terminaux portables sous GPRS.

Si les premières tentatives de messageries unifiées grand public n'ont pas donné grand chose dans les années 99/00 cela change rapidement. Pourtant, elles étaient d'un montant modeste d'environ 12 euros (80 FF) par mois pour un bal. Les premières offres n'ont pas trouvé leurs marchés, dans les entreprises la gestion externalisée n'était pas encore à l'ordre du jour. Le coût réel des applications reste inconnu de la plupart des usagers et des responsables informatiques. Critical Path évalue à plus de 120F par mois le seul coût de gestion d'une boite à lettre par utilisateur. Avec la généralisation d'outils de communications, parfois hétérogènes, une sensibilité nouvelle aux coûts des liaisons systémiques est en train de changer la donne.

Ce marché en formation n'a pas échappé aux opérateurs qui cherchent des ouvertures ou la fidélisation de grands comptes en butte à d'importants problèmes de gestion de messageries professionnelles. Ils deviendront, et de plus en plus, des concurrents de leurs sous-traitants.

XII - La redécouverte du « Client léger »

Les « sans fil » sont au coeur du poste de travail des années à venir. Les accessoires bureautiques communiquent ensemble en mode local ou distant sans que l'utilisateur doive s'en préoccuper. Les télétransactions et les applications s'auto-organisent et s'auto-gèrent afin d'optimiser les utilisations, afin de réduire les coûts systémiques et la charge réseau. Un problème déjà mis en évidence avec le « streaming » qui touche désormais tous les utilisateurs de mobiles soucieux de sécurité des services mais aussi de ne pas surpayer les services de télécommunication.

Avec le développement des outils de la mobilité incluant les nouvelles offres de réseaux hertziens utiles aux « sohos » (télétravail et TPE) nous avons, avec le PDA, retrouvé la notion de « client léger » recherché par les constructeurs et les directions informatiques dans le début des années 90 (12). La messagerie unifiée s'accommode parfaitement d'un système qui, via un numéro universel dédié à une personne, pourrait traiter indifféremment, une communication téléphonique, un mail, un SMS, un chat, un ICQ ou un forum... via les réseaux IP.

Près de 86% des internautes utilisent leurs emails et 20% devraient passer par des SMS via des mobiles alors que 18% ont déjà adopté la messagerie instantanée (source Netvalue). Si les standards progressent, il faudra attendre encore deux ou trois ans avant que les normes facilitent les échanges entre les équipements. D'ici là, de multiples solutions sont proposées qui obligent à jongler avec les techniques et les applications : recevoir ou envoyer des fax, des mails, consulter des news, créer des Bal pour différents types de transactions, filtrer les indésirables, pratiquer la messagerie instantanée, gérer ses listes de contacts, travailler en forum, utiliser des traceurs, trouver des chats, utiliser le net, animer ou créer une communauté, faire des recherches dans les groupes, créer son site Wap perso, créer un groupe de travail dans un chat vidéo, et d'autres encore. Toutes ces applications font partie des besoins que les utilisateurs des PDA rencontrent au fil des jours.

Nous savons désormais que ces applications résidentes sur PDA coûtent cher pour des utilisations parfois rares ou aléatoires. Par ailleurs, lorsque le besoin d'une application spécifique se fait sentir, on s'aperçoit que les délais de mise en oeuvre sont longs et pénalisants, coûteux. La meilleure solution en matière de messageries unifiées et ses multiples déclinaisons consiste à offrir l'accès à une plate-forme dédiée capable de fournir en quelques secondes à un utilisateur dûment identifié et répertorié l'application nécessaire. Conscient de cette opportunité, IBM vient de lancer au Japon une expérience de prise de contrôle d'ordinateur à partir de son téléphone portable. « Desktop On Call Gatteway » accède à une application réseau qui assure l'identification et le contrôle des accès de l'employé à partir de son terminal portable. Nul doute que cette expérience réalisée avec NTT DoCoMo dans le cadre de ses services i.mode, ouvre des possibilités encore à développer.

A une époque où nous parlons de plus en plus de portail employé, de portail entreprise, on peut prévoir ces applications aux mobiles comme un segment des plus prometteurs car il contribue à la diminution des coûts d'usage d'un PDA et d'un micro-ordinateur portable.

XIII - Le peer to peer et la messagerie instantanée proposent des solutions qui seront utilisées par des clients légers

Mais, comme nous le soulignions dans une note précédente, ce sont les conséquences du développement du « peer to peer » qui vont avoir de profondes répercussions sur certaines applications des messageries électroniques et des infrastructures des « hosts ».

La surveillance des stratégies de Groove Networks (fondé par Ray Ozzie, le créateur de Lotus Notes en 1998) et d'Intel qui abandonne ses « fermes de données » illustrent bien les évolutions en cours. Depuis la fin de l'année dernière, Groove développe de nouveaux partenariats technologiques ayant pour caractéristique de démontrer que le « peer to peer » est une solution sécurisée aux multiples applications. Parmi ces dernières, Documentum autour de la gestion documentaire, Autonomy dans la gestion des connaissances, et PTC concernant la gestion du cycle de vie des produits (PLM). Avec ces partenaires reconnus pour leur avance technologique, l'éditeur exploite clairement le peer-to-peer (la connexion directe entre postes pairs sans que l'un ne soit serveur et l'autre client) à destination des entreprises et des professionnels.

De son coté, Intel commence la commercialisation de son logiciel ICDS (Intel Content Distribution Software) qui s'appuie sur un peer to peer hybride plutôt qu'un système point à point pur jus qui oblige à « mouliner » pour identifier les machines disposant des documents cherchés. Pour cela les utilisateurs adressent des requêtes qui sont prises en charge par un serveur de bases répertoriant les documents et leurs adresses de localisation sur les réseaux. Solution qui limite la demande de trafic de façon spectaculaire : jusqu'à moins 90% de la demande de bande passante pour les transactions comparé à une situation traditionnelle selon Intel.

Par ailleurs afin de démontrer la robustesse et la sécurité (très décriée) du peer to peer, Groove passait en avril dernier un pacte avec Veridian pour fournir des outils communs de collaboration et d'analyse décisionnelle aux agences gouvernementales américaines dans la défense et dans l'intelligence, autrement dit les services secrets comme la CIA. Ceci constitue un gage de sécurité fort, compte tenu des exigences de ces institutions en la matière. Il faut dire que l'éditeur propose d'entrée un chiffrement des données échangées en 192 bits, et une authentification centralisée dans la toute dernière version de son outil de travail collaboratif, Groove WorkSpace. De son côté, Veridian fournit à la DARPA, la principale entité de R&D du Pentagone, ses technologies d'analyse avancée CIM (Critical Intent Model) pour son projet GENOA. Ce dernier se concentre sur le raisonnement collaboratif, l'argumentation structurée et la mémoire organisationnelle pour améliorer la prévention des menaces et la prise de décision qui doit être les plus réactives possible.

Pour cela Groove Networks propose dans sa version 2.0, un modèle du « peer-to-peer » de Groove semi-décentralisé qui, comme le système d'Intel, intègre notamment une fonction d'optimisation de la synchronisation qui permet d'éviter des montées en charge difficiles en cas de partage d'un volume important de documents. Baptisée "binary difference", celle-ci permet de ne mettre à jour que les portions d'un fichier qui ont été modifiées chez ses co-utilisateurs, au lieu du document entier. Là encore, le trafic, qui peut-être problématique dans un réseau peer-to-peer en raison d'incessants va-et-vient, s'en trouve nettement réduit. Par ailleurs, d'autres fonctions font leur apparition comme la répartition de charges et l'allocation des ressources processeur à la demande.

La troisième grande nouveauté de Groove tient dans l'intégration renforcée avec les systèmes de l'entreprise. L'éditeur a concrétisé son partenariat avec Microsoft (qui détient 20% de son capital) et fournit à présent une intégration très étroite avec la suite bureautique Office. Celle-ci permet un partage des applications comme Word et Excel en même temps que des documents ouverts. L'intégration avec Windows est aussi poussée beaucoup plus loin, avec Outlook et les technologies du Net notamment. Mais aussi avec Notepad qui pourra désormais gérer plusieurs documents ouverts à la fois. Concernant le client de messagerie, il s'agit par exemple de partager aussi les documents en pièces jointes. Possibilités que l'on retrouvera certainement sur les PAD.

Enfin, il est désormais possible de s'interfacer avec des logiciels autres que de bureautiques (ERP, CRM, SCM...) grâce au Groove Enterprise Integration Server, qui coûte 9995 dollars de licence environ. Un kit de développement dédié est fourni dans Groove Developer Pack qui autorise le développeur à se servir de plusieurs langages (Visual Basic, JavaScript, VBScript, C++...) pour programmer ses API. Le nouvel environnement de développement comprend également de quoi développer des extensions de type macros à la plate-forme et des formulaires spécifiques pour une saisie et un reporting personnalisé. Côté prix, un client standard obtient l'application « peer to peer » pour 49 dollars par utilisateur, ou 99 dollars en version professionnelle. Le serveur central de sécurisation et de gestion distante des documents est à 19 995 dollars. Sur son site, Groove donne enfin la possibilité de télécharger ses outils de développement, mais aussi une version de test de la v2.0 de WorkSpace, limitée à trois espaces partagés.

XIV - L'offre plate-forme de messageries unifiées : un « portail pour clients mobiles »

Depuis quelques mois, les entreprises découvrent que si elles avaient la capacité à gérer elles mêmes les trafics des emails, l'affaire devient beaucoup plus complexe pour générer les convergences entre l'informatique, la voix, les emails multimédia. Les responsables informatiques sont actuellement obligés d'envisager des audits de leurs infrastructures dans l'hypothèse de devoir gérer des flux multimédia disponibles 24 heures sur 24 dans de bonnes conditions de sécurité face aux virus et autres tentatives d'effraction des systèmes d'information. Il ne semble pas illusoire d'imaginer qu'un nombre croissant d'entreprises européennes, comme aux Etats-Unis, externalisent leurs services de messageries unifiées sur des plates-formes de services spécialisés (13). Les offres de supports de messageries et des services GSM puis WAP aux clients mobiles se multiplient.

Aux Etats-Unis, une start-up comme Openwawe revendique plusieurs millions d'utilisateurs de son portail de services pour des terminaux sans fil et vient de signer un accord avec Siemens. De son coté, MobileID, en coopération avec la société suédoise AUS AB, a adapté son service en ligne pour des clientèles européennes. Leurs entreprises abonnées peuvent formater automatiquement le contenu de leurs sites Web pour s'adapter aux terminaux mobiles à la norme WAP. Mais si les ténors des services informatiques comme IBM et Microsoft peuvent envisager une véritable implantation en Europe, ce ne pourra pas être le cas pour ces start-up faute de moyens financiers, estime le cabinet Roland Berger Consultants à New-York. Les « Mobils Portals » impliquent de nombreuses alliances pour constituer une grappe de services conséquents. Une stratégie que développe, nous l'avons vu plus avant, le nouveau service en ligne de Wanadoo.fr qui réunissent sur un seul numéro et code client, le service de mail, de fax, des messages vocaux ou des SMS pouvant être consultés de son portable WAP ou de son ordinateur pour être redirigés à volonté.

Ce créneau n'a pas échappé à la société française Inexware qui vient de lancer GoPlace. Son serveur synchronise des communautés de services portables. Leur plate-forme travaille indifféremment avec HotSync (Palm OS), ActiveSync (Pocket PC/Windows CE), SyncML, HTML et XML tandis que GoPlace dispose de capacités d'ouverture vers les ERP, SGBD et des autres accès de bases de données de type SQL Server, SAP, Siebel... Avec Goplace, les PDA sont dotés d'une fonction d'aspiration de sites pour la consultation de données off-line. Des fonctions de profiling, ainsi que de mise à jour de fonctions de bureau virtuel sous applications java facilement portables seront disponibles selon les environnements des mobiles connectés.

Au final, tous ces services vont dans le sens d'une aide à la mobilité en favorisant chaque fois que possible la virtualisation de l'entreprise. Une entreprise qui peut fonctionner de n'importe quel coin des territoires, 24 heures sur 24, en maintenant l'accès à ses savoir-faire spécifiques, à son infosphère professionnelle, en multipliant les fonctions du travail collaboratif. L'idée globalement se fait jour de fournir ainsi - avec le PDA ou tout autre outil client léger - une sorte de « bureau virtuel » qui gère automatiquement les solutions les plus économiques en matière de télétransactions. Une idée que nous avions déjà soulignée dans une précédente étude.

Après Cyberoffice qui n'a pas su s'imposer, une petite société française, des concurrents, se proposent depuis quelques mois de développer de véritables bureaux virtuels configurables pour les télétravailleurs. Les orientations des applications en cours de réalisation illustrent ce que pourrait devenir un portail client « bureau virtuel ». Ce portail pourrait fournir des services ISP ou ASP à valeur ajoutée, des applications par téléchargement, des analyses sur des campagnes SMS ou de mailing électronique (comme l'analyse lexicologique ou sémantique automatique voir l'offre Sinequa.com (14). Le portail pourrait signer des accords qui mettrait le chiffrement des messageries à la portée des PDA voir l'éditeur F-Secure(15). Ou encore proposer des services d'interface nouvelle à l'exemple de l'opérateur de T.mobile Deutchland GmbH, qui vient de signer un accord avec l'éditeur de logiciels de reconnaissance et d'authentification vocale, Nuance, élargissent ainsi leur offre de service à valeur ajoutée (16). De son côté, la société Lagenda propose l'accès à sa base de données évènementielles (plus de 3000) par synthèse vocale avec la possibilité de recevoir des messages par SMS (17). Enfin, un opérateur unique de messagerie unifié peut offrir et garantir une solution de signature électronique sur son portail.

L'ensemble de l'analyse ci-dessus abouti à ce que des opportunités sont ouvertes de prendre en charge un maillon fort de la chaîne systémique des messageries unifiées sur le créneau de la mobilité. Elle est aussi l'occasion d'innover dans les services gérant les trafics pour créer une forte différenciation stratégique par les coûts.

D'abord il nous faut rappeler une particularité de la messagerie vocale sous IP qu'utilise Docomo avec son système i.mode sous GPRS qui a permis de casser les prix des communications entre portables mais qui à la faiblesse de passer difficilement les frontières. Les applications de text-to-speech en numérisant la voix (voir solution de type Speech-works ou Babel Technologies) bien qu'encore imparfaites sont très bon marché. Mieux encore, la plus grande majorité des appels téléphoniques transpacifiques ou trasantlantiques, passant par les réseaux IP, il est possible de les enregistrer comme venant du local, ce qui contribue à casser les prix des communications entre mobiles. Cette solution qui n'a jamais percé dans le monde des micro-ordinateurs parce que prématurée pourrait s'avérer déboucher avec succès dans le monde des PDA. Cette pratique met en danger les opérateurs longues distances, au point que certains ont été absorbés (KDD) ou mis en grandes difficultés (Worldcom). Un opérateur de messageries multimédia intégrées à tout à fait la possibilité, compte tenu de ses accès privilégiés à des hosts et des réseaux internationaux bons marchés, de casser les prix des liaisons en numérisant les messageries, y compris vocales, sous IP.

Il est quasi certain que cette stratégie de messageries unifiées sous IP sera menée par un ou plusieurs opérateurs de façon la moins transparente possible afin de leur laisser le temps de s'installer sur le marché. Une dérégulation du marché mondial des télécommunications est en cours qui organisera les flux et les trafics selon les coûts des « carriers », indépendamment des distances.

Nous avons déjà eu l'occasion de mettre en évidence ce phénomène dans l'ouvrage « Mét@organisations » sous le sous-titre «  l'accès aux marchés internationaux de la cyberéconomie » (page 295) en rappelant l'histoire du « 22 à Asnières ». L'astuce consiste à dérouter les communications internet par les réseaux en fonction du prix d'achat du trafic. Ce qui explique que la majeure partie des trafics passent par les Etats-Unis pour explorer une base de données française ou accéder à un serveur sur le territoire français. Par ailleurs nous avons aussi souligné que cette faculté de modifier les transits des données aboutit à une demande latente de gestion et le pilotage des transits pour éviter de faire passer certaines données sensibles par des hosts de certains pays. Il s'agit d'un sous-produit de la dérégulation des flux de messageries unifiés et MMS sous IP.

On pourrait imaginer que chaque adresse PDA cliente d'un portail opérateur, accessible de n'importe quel point du territoire mondial grâce à son méta-annuaire, couplé à un ou plusieurs serveurs spécifiques, mémorise des informations, des services mais aussi une navigation personnalisée (VPN dédié à des PDA (18). La facturation s'établirait uniquement sur la base du nombre d'adresses, d'un débit forfaitaire limité (Cegetel propose une facturation forfaitaire de 12 euros par mois pour 1mo sur la période) selon des paliers d'utilisation et des services dérivés à valeur ajoutée comme la garantie de transit, de confidentialité, de réception...

On prévoit que 35 milliards d'emails seront échangés par jour dans le monde vers l'an 2006. Du coté des emails personnels, une part croissante passe par des SMS, moins chargés de virus et de Spam et surtout très économique (moins d'un cent par mail). Une vrai « vache à lait » pour le portefeuille d'activités des opérateurs intéressés par la messagerie électronique et les SMS qui représenteront, comme nous l'avons vu plus haut, 38% du segment des télécommunications. Plusieurs milliards de SMS par an, dont déjà 3 milliards pour la Chine en huit mois de l'année 2001 où le SMS progresse de 200% l'an selon l'opérateur français Freever qui c'est lancé dans l'aventure en 1993. La possibilité de « chatter » en messagerie instantanée sur le réseau par l'écriture à partir de PDA ou autre succédané devient un must pour qui n'a pas les moyens de s'acheter un micro-ordinateur performant. Reste que les prix devront diminuer pour cela et faire du PDA un mobile aussi démocratique que le téléphone portable : le client léger doit trouver des solutions économiquement légères !

En conclusion, comme l'avons déjà longuement souligné, les PDA sont des interfaces du système professionnel, de la continuité des liaisons du télétravailleur avec sa communauté professionnelle. Il bénéficie à ce titre des fonctions de la téléphonie mobile en plus de fonctions bureautiques avancées et d'applications professionnelles spécifiques.

ANNEXE: L'email est-il encore un outil d'efficacité?

Bien sur, les entreprises se voient offrir des solutions internes afin de gérer mieux l'afflux des messages. La société Bewopi lance une solution de messagerie unifiée « intégrée » au système informatique des PME-PMI qui recouvre les SMS et autres fonctions de filtres et de gestions de fichiers. Mais ce type de solutions intégrées peut-il marcher ? La réception chaque jour d'une majorité d'emails indésirables permet d'en douter.

Plusieurs milliards d'emails circulent chaque jour dans le monde. Leurs très faibles coûts (moins de 10 cents aux Etats-Unis) en font un vecteur privilégié de la publicité. Leur taux de retour - entre 4 et 18% - plus de 20 fois supérieur à celui d'une bannière publicitaire sur internet et dix fois plus élevé qu'un envoi par papier à lettres. La gestion en devient vite fastidieuse et coûteuse pour l'entreprise qui doit faire face au développement du spam (pub non sollicitée) au point que le relevé des mails devient une corvée que s'évitent un nombre croissant d'utilisateurs. Au final, 59% des internautes américains détruisent les offres commerciales avant même de les lire selon IMT Strategies. Différemment, certains utilisent des filtres (mais la plupart des utilisateurs ne savent pas les utiliser) ou carrément multiplient les adresses secrètes pour échapper aux robots de recherche automatique d'adresses emails sur le net.

Le Spam fait rarement la différence entre adresses personnelles ou professionnelles, entre celle d'un enfant et d'un adulte. Le matraquage publicitaire non sollicité, outre qu'il favorise la divulgation des adresses, multiplie les risques de circulation de virus « accrochés » à des adresses qui circulent sans contrôle sur le net. Tout ceci a des conséquences dommageables pour la sécurité des transactions, les coûts de téléchargements indus et les pertes de temps que la Commission européenne évalue à 10 milliards d'euros par an, uniquement pour l'Europe.

Par ailleurs, il est délicat pour des hébergeurs de s'immiscer dans ces transits d'envois massifs. D'abord parce qu'ils n'ont pas le droit de s'interposer, ni de lire les correspondances électroniques vis à vis des destinataires finaux. Si des adresses de spammeurs professionnels identifiés peuvent être oblitérées, bloqués, cela n'est guère pratiqué. Les hébergeurs préfèrent voir les responsables informatiques des firmes faire le travail de bloquer les envois massifs ou de les mettre dans une boite spéciale où le message sera disponible à la demande expresse du destinataire. Les particuliers ou les petites entreprises restent les plus vulnérables. S'ils sont 44,4% à protester contre le Spam la plupart, 39,4% subissent sans réagir. Pourtant ces derniers sont ceux qui ont le plus besoin d'informations associées à leurs outils de communication pour se défendre du « spamming ». Les providers ne font pas leur travail en les aidant à connaître et à utiliser les outils anti-spamming.


Notes (un clic sur le N° de note vous renvoie au texte)

(1) : Les Echos du 29 janvier 2001
(2) : Il ne faut pas oublier qu'indépendamment des problèmes techniques, se pose le casse-tête du montage financier entre tous les intermédiaires intervenants dans la chaîne de la fourniture d'une prestation en ligne.
(3) : Pour plus de précisions : http://solutions.journaldunet.com/0202/020225_speechworks.shmtl
(4) : L'Expansion du 28 mars 2001
(5) : Nextlink s'apprête à commercialiser le plus petit kit main libre du monde : Bluespoon ne pèse que 10 grammes et ne nécessite pas d'être devant la bouche car la voix est transmise par les vibrations de la mâchoire sans être affectée par le bruit ambiant
(6) : Mai 2002, 01 Réseaux n°117 (www.01net.com)
(7) : Kodak a créé une société, Appairent Technologies, (associée à un autre investisseur, Trillium Group) qui annonce une technologie sans fil 50 fois plus puissance que Bluetooth pour les télétransactions entre PDA et autres mobiles.
(8) : Livre Blanc "Wireless Untangled" publié par 3i en collaboraton avec The Economist www.netroadshow.com
(9) : 22% des PME françaises devraient passer sur IP d'ici 2006 (on a le temps !) selon le cabinet d'études Cesmo.
(10) : our plus d'informations voir le numéro 72 d'avril 2002 de 01 Réseaux (www.01net.com)
(11) : Selon Gartner Dataquest, le marché mondial des mobiles s'élève à 399,6 millions d'unités en 2001 soit une baisse de 3,2% par rapport à 2000 (412,7 millions d'unités).
(12) : IBM vient d'aboutir à la mise au point d'un boitier « le meta pad » qui se passe d'écran pour réduire son encombrement. Une unique prise gère les entrées sorties du meta pad qui se branche sur n'importe quel écran.
(13) : Voir www.activmail.com
(14) : Couponnet propose des outils de gestion du couponning électronique en mode ASP qui seront disponibles un jour sur PDA
(15) : Avec Gric Mobile Office, Gric Communications déjà connu des nomades pour ses liaisons de messageries pour itinérants dans plus de 150 pays propose de sécuriser les connexions entre les entreprises et les PC et bientôt les PDA des télétravailleurs nomades
(16) : Les services EasyGate de T.mobile fournissent un portail vocal et un carnet d'adresses à activation vocale. De plus les clients des services prépayés de T.Mobile, baptisés Xtra, accèdent automatiquement à un service "Manager" leur permettant de configurer et d'administrer à distance leurs comptes mail par commande vocale (ce service enregistrait en juin 2002 plus de 10 000 appels par jour).
(17) : Voir www.lagenda.com
(18) : La firme finlandaise Netseal est une des rares sociétés au monde ayant trouvé des solutions VNP capables de travailler avec des mobiles IP. Voir son offre MPN 3 (Mobile private network) un logiciel qui gère des réseaux hétérogènes de manière sécurisée en s'appuyant sur des mécanismes de type VPN Ipsec

Haut de la page