Quinze ans après L’Entreprise Virtuelle, et sept autres livres dont beaucoup ont été primés et qui furent tous salués par la critique, Denis Ettighoffer propose sous le titre en forme de néologisme, Netbrain, une vision de l’entreprise et de nos sociétés telles qu’elles se transforment en profondeur et à toute allure sous l’effet de réseaux savants dont il dresse un portrait aussi étonnant et exhaustif que convaincant. À partir du constat de l’impact des savoirs transformateurs sur l’efficacité des écosystèmes, il observe comment s’opère l’émergence d’une société globaliste se soumettant aux effets du Low cost pour mieux s’adapter au cycle éco-efficient (à la fois écologique et efficace ) des années à venir. Pour lui, le réseau des réseaux, c’est-à-dire la Toile, Internet créent à l’échelle planétaire les conditions d’une économie coopérative, fondée sur un partage des connaissances, seule en mesure de répondre aux besoins et aux attentes d’efficacité par rapport aux normes de la consommation mondiale. Netbrain décrit l’émergence d’un continent virtuel aux propriétés étonnantes, capables de résoudre une bonne part des problèmes qui nous sont posés par le développement durable.
L’auteur expose aussi les conséquences de l’explosion des biens numériques et pose le problème de la répartition à opérer entre les savoirs communs à l’humanité et ce qui relève du secteur privé marchand. Ce secteur vit de plus en plus de l’économie immatérielle, de ses apports d’idées et d’innovations. En dressant un tableau ambitieux des évolutions du monde numérique et des batailles engagées pour s’emparer des pans les plus vastes des connaissances, Denis Ettighoffer rappelle combien ces conflits ne seront pas moins âpres que les guerres de conquête des siècles passés. Même si le livre reste optimiste, en posant la question de savoir si la France est bien armée pour ses nouvelles compétitivités et ces batailles de l’innovation, l’auteur nous plonge dans un indéniable embarras. Pourquoi ? Parce qu’il aborde sans concession des sujets dont la plupart d’entre-nous n’avaient jamais entendu parler! Cette somme de découvertes fait du dernier livre de Denis Ettighoffer, comme le fut l’Entreprise Virtuelle en son temps, un ouvrage incontournable des évolutions probables de l’économie des savoirs dans toutes nos sociétés.
ECONOMIA DO IMATERIAL
Campo ainda desconhecido onde já se joga o nosso futuro
Sob a influência da internet, está a registar-se uma radical mutação nos nossos ecosistemas socio-económicos e a net será a primeira potência económica mundial antes do fim da década. Esta é a tese central de Denis Ettighoffer, no seu novo livro "NetBrain", onde se defende ainda que a grande batalha da inteligência, pelo controlo, se vai livrar entre estados, entre empresas e entre estados e empresas... A economia do imaterial é, portanto, onde se está já a jogar o nosso futuro. E os países mais avançados da Europa estão, neste momento, no ponto em que estavam os USA nos... anos oitenta! Da posição/situação de Portugal nem vale a pena falar, tal é o atraso e, sobretudo, a ignorância do que está em jogo, da parte de políticos, universidades e empresas.
Plus de quatre ans de travail, plus de 50 000 documents lus et traités,Netbrain, les Batailles des Nations Savantes, m’a donné du fil à retordre !
J’y aborde, dans la suite de mon essai avec « l’Entreprise Virtuelle » (1992) , les impacts des réseaux sur l’économie des connaissances et les enjeux nouveaux que cela pose à la France. Au départ, l’idée était de poursuivre mes analyses qui, parties des deux premiers dons des organisations virtuelles, l’ubiquité ou la déspécialisation des lieux de travail, l’omniprésence ou la dérégulation des temps qui ont fait l’objet de mes premiers ouvrages attaquait le don de l’omniscience (ou la capacité à puiser dans tous les savoirs du monde). L’affaire n’a pas été simple. Fallait-il reculer au fur et à mesure que je décodais la complexité des problèmes de l’économie des savoirs ? Sur le rôle que jouent les réseaux savants dans la libération des échanges des connaissances, marchands ou non ? Fallait-il passer sous silence le fait qu’Internet favorise une pandémie de l’économie « low cost » qui renforce encore l’intensité concurrentielle sur les prix au détriment de nos emplois ? Fallait-il ignorer que la substitution progressive des biens tangibles par des biens numériques influence profondément nos modèles économiques ? Devais-je contourner sans y prêter attention un espace virtuel où l’on échange économiquement des savoirs indispensables au progrès et à l’émancipation des sociétés et des hommes ?
Entrer dans ce monde numérique, c’est explorer les nouvelles formes de création de valeur, c’est s’interroger sur notre patrimoine intellectuel et les façons à la fois de le valoriser et de le protéger. C’est aussi analyser les nouveaux enjeux posés par la compétition entre nations pour s’emparer des ressources de matière grise et des réseaux savants nécessaires à l’économie des savoirs. Elle ne sera pas moins âpre que celle que nous avons connue pour l’appropriation de matières premières ou la conquête de territoires. Autant dire que j’ai pris mon temps pour identifier les enjeux clés d’une guerre économique qui ne dit pas son nom et pour répondre à des questions, parfois très complexes. A une époque où l’on lit « digest », où l’on « surfe » sur quelques pages pour s’informer superficiellement, j’ai longuement hésité à entrer dans l’analyse de fond des caractéristiques d’une économie des idées et des connaissances à bien des égards perturbantes. Ce qui m’a décidé en fin de compte, c’est l’importance de montrer et de démontrer les interdépendances complexes d’évènements affectant profondément – au point de remettre en cause le rôle de la monnaie et de la gestion des territoires traditionnels - de multiples écosystèmes socio-économiques. Avec pour résultat un livre dense où chaque chapitre illustre une facette des enjeux auxquels devront faire face les nations modernes, les nations savantes.